Non, le lichen n’abîme pas vos arbres fruitiers et il n’y a aucune urgence à le faire disparaître. Ce n’est pas un parasite : il ne prélève rien dans l’écorce et se contente de l’air, de la pluie et de la lumière.
Une fois les feuilles tombées, ces plaques grises, jaunes ou vert pâle sautent aux yeux sur les branches et inquiètent beaucoup de jardiniers. Pourtant un pommier largement couvert de lichen peut produire normalement pendant des années.
Le lichen vit de l’air, pas de la sève de l’arbre
Un lichen est l’association d’un champignon et d’une algue microscopique. Les deux fabriquent leur nourriture sur place, à partir de la lumière et de l’humidité, et l’écorce ne leur sert que de support, exactement comme une pierre ou une tuile.
C’est d’ailleurs ce qui explique leur réputation : les lichens supportent mal l’air pollué, et leur présence est utilisée depuis longtemps comme indicateur de la qualité de l’air par les organismes de recherche comme l’INRAE. En voir beaucoup chez vous est plutôt bon signe.
Ils s’installent surtout là où l’écorce reste humide longtemps et où le bois grandit lentement : les branches basses, le côté nord du tronc, les vieux sujets, les vergers proches d’une haie épaisse. Les hivers doux et pluvieux que suit Météo-France leur conviennent parfaitement, ce qui explique les années où ils semblent soudain partout.
Sur un vieux pommier que nous suivons, les branches les plus chargées sont systématiquement celles du bas, à l’ombre et mal ventilées, alors que la cime bien exposée reste presque nette. Cela dit beaucoup : le lichen suit l’humidité et la lenteur de croissance, il ne choisit pas un arbre malade pour l’attaquer.
Lichen, mousse, gui ou chancre : savoir ce que l’on regarde
Tout ce qui pousse sur une branche n’a pas la même importance. Le vrai réflexe d’hiver consiste à regarder de près et à nommer ce que l’on voit avant de sortir un outil.
| Ce que l’on voit | À quoi ça ressemble | Est-ce grave ? | Que faire |
|---|---|---|---|
| Lichen | Plaques plates ou en petites touffes, grises, jaunes ou vert pâle, collées à l’écorce | Non, aucun dégât | Rien, ou un simple éclaircissage des branches pour aérer |
| Mousse | Tapis vert épais et souple, surtout sur le tronc et les grosses branches | Non, mais signe d’ombre et d’humidité | Tailler pour laisser passer la lumière, brosser doucement si elle gêne |
| Gui | Boule verte bien visible, fixée dans la branche et vivante même en hiver | Oui, il prélève l’eau et la sève | Couper la branche porteuse nettement en dessous de la fixation |
| Chancre | Plaie ouverte sur l’écorce, bois creusé, bourrelet autour, branche qui sèche | Oui, à traiter sans attendre | Couper dans le bois sain et brûler les parties atteintes |
Le gui mérite une vraie vigilance et se repère facilement sur les branches nues, comme expliqué dans notre article sur le gui des arbres fruitiers. Le chancre, lui, se soigne par la taille et la coupe du bois mort, un travail détaillé côté méthode dans ce guide des maladies du pommier.
Ce qui doit vraiment vous alerter
Un arbre très couvert de lichen ET en perte de vigueur pose question, mais c’est la perte de vigueur qui compte, jamais le lichen seul. Pousses courtes d’une année sur l’autre, bois mort qui s’accumule, écorce qui se décolle, floraison qui faiblit : ce sont ces signes qu’il faut regarder.
Dans ce cas, le lichen n’est que le témoin d’un arbre qui grandit peu, souvent à cause de l’âge, d’un sol tassé, d’un manque de lumière ou d’une taille jamais faite. Quand un arbre fleurit sans donner, les causes sont encore différentes, et nous les passons en revue dans pourquoi un pommier ne donne pas de fruits.
Les bons gestes d’hiver, et celui qu’il faut éviter
Le geste à bannir est la brosse métallique sur l’écorce vivante. Elle arrache le lichen mais aussi les couches superficielles de l’écorce, ce qui ouvre des portes d’entrée aux maladies et fait bien plus de mal que ce qu’elle enlève.
Ce qui marche vraiment tient en trois points : enlever le bois mort, éclaircir le centre de l’arbre pour que l’air et la lumière circulent, et ramasser les fruits momifiés et les feuilles au pied. Ces trois gestes réduisent l’humidité qui stagne dans la charpente, et le lichen régresse de lui-même les années suivantes. Nos repères de saison sont rassemblés dans le nettoyage du verger en automne.
Pour la taille, attendez une journée sans pluie et sans gel, et suivez les principes de base expliqués dans notre astuce pour tailler les fruitiers ainsi que dans ce rappel sur quand tailler les fruitiers. Si vous tenez à intervenir sur le tronc, un badigeon d’argile reste la solution douce : il assainit la surface sans la blesser, comme nous le voyons dans le chaulage des arbres fruitiers.
Enfin, le meilleur investissement sur le long terme reste le choix des arbres eux-mêmes, car les variétés robustes supportent mieux l’ombre et l’humidité, un point développé dans cette sélection d’arbres fruitiers résistants. Le lichen, lui, peut rester : il ne coûte rien à votre récolte.