Les feuilles tombent, et des boules vertes apparaissent là où personne ne les avait remarquées : un vieux pommier au fond du jardin, le tilleul du voisin, les peupliers le long de la route. Le gui ne pousse pas d’un coup à l’automne, il devient visible quand l’arbre se dénude. C’est aussi le bon moment pour décider quoi en faire.
Le gui est-il vraiment un parasite ?
À moitié seulement. Le gui (Viscum album) fabrique sa propre nourriture grâce à ses feuilles vertes, qui restent en place toute l’année. En revanche, il n’a pas de racines dans le sol : il plante un suçoir dans le bois de la branche et y prélève l’eau et les sels minéraux que l’arbre a remontés. C’est ce suçoir, enfoncé dans la branche, qui explique presque tout le reste.
Le gui peut-il tuer un arbre ?
Rarement seul, et jamais vite. Une ou deux touffes sur un arbre en bonne santé ne changent pas grand-chose. Le problème vient de l’accumulation : quand des dizaines de boules occupent la charpente, les branches porteuses s’épaississent puis cassent, et les rameaux situés au-delà finissent par sécher. Un arbre déjà affaibli par la sécheresse ou par l’âge décline alors plus vite, et un arbre jeune réagit plus nettement.
Faut-il enlever le gui d’un pommier ?
Oui, c’est le cas où il vaut mieux intervenir. Le pommier est l’un des arbres les plus colonisés et sa charpente supporte mal la concurrence : les touffes se multiplient dans les grosses branches et les rameaux fruitiers s’affaiblissent année après année. Si votre pommier ne donne plus de fruits, le gui fait partie des causes à vérifier. Sur un vieux peuplier en bord de champ, en revanche, on peut très bien laisser faire.
Quels arbres le gui préfère-t-il ?
Il ne s’installe pas au hasard : certaines essences sont des hôtes faciles, d’autres presque jamais.
| Arbre | Gui fréquent | Risque pour l’arbre | Que faire |
|---|---|---|---|
| Pommier | Très fréquent | Élevé, perte de récolte et de charpente | Couper dès les premières touffes |
| Poirier | Fréquent | Moyen à élevé | Couper, surveiller chaque hiver |
| Peuplier | Très fréquent | Faible sur un arbre adulte | Laisser, sauf branches cassantes au-dessus d’un passage |
| Tilleul | Fréquent | Moyen si les touffes s’accumulent | Éclaircir les plus grosses touffes |
| Aubépine | Assez fréquent | Moyen, l’arbuste est petit | Couper, la branche porteuse est fine |
| Robinier faux-acacia | Fréquent | Faible | Laisser |
| Chêne | Très rare | Négligeable | Rien à faire |
Les conifères, les platanes et les hêtres sont eux aussi peu touchés. Une aubépine de haie champêtre, elle, peut en recevoir.
Quand couper le gui ?
En hiver, et de préférence avant que les baies ne soient mûres et emportées par les oiseaux. C’est la période où les touffes se voient le mieux, où l’arbre est au repos et où le travail ne dérange aucune nichée. Cela tombe bien, c’est aussi la saison de la taille des pommiers : une seule montée dans l’arbre suffit pour les deux. Évitez seulement les journées avec un risque de gel important, où le bois est cassant et les plaies cicatrisent mal.
Comment couper le gui pour qu’il ne repousse pas ?
En coupant la branche porteuse, pas la touffe. Le suçoir descend dans le bois et s’étend sous l’écorce autour du point d’accroche : si vous arrachez seulement la boule verte, il reste en place et redonne des pousses. La règle pratique est de couper la branche une vingtaine de centimètres sous la touffe, du côté du tronc, sur une partie saine.
Sur une grosse charpentière qu’on ne peut pas sacrifier, on fait au mieux : retirer la touffe à la serpette et gratter largement l’écorce autour du point d’accroche, en sachant qu’il faudra sans doute recommencer. Sur un pommier que je suis depuis plusieurs hivers, les touffes simplement arrachées sont revenues dès l’année suivante, toujours au même endroit, alors que les branches coupées vingt centimètres plus bas n’ont rien redonné. Les bons gestes de taille des fruitiers valent ici comme ailleurs : outil propre, coupe nette, pas de chicot, et le calendrier de taille des fruitiers de jardin365 donne les périodes essence par essence.
Qui transporte le gui d’un arbre à l’autre ?
Les oiseaux, et surtout deux d’entre eux. La grive draine avale les baies et dépose les graines avec ses fientes sur les branches où elle se pose. La fauvette à tête noire, elle, essuie son bec sur l’écorce pour se débarrasser de la pulpe collante, ce qui dépose la graine exactement là où elle peut germer. D’où les touffes perchées sur les branches hautes et bien exposées, et le fait qu’un arbre déjà porteur en reçoive toujours davantage. Ce n’est pas une raison de leur en vouloir : ils rendent de grands services au verger, et les nourrir en hiver reste une bonne idée, pour les raisons que jardin365 détaille, tout comme les arbustes à baies qui les attirent.
Peut-on cueillir du gui pour Noël ?
Oui, à condition de le prendre chez soi ou avec l’accord du propriétaire : un arbre en bord de chemin ou dans un champ appartient à quelqu’un. Autant faire d’une pierre deux coups, la coupe d’hiver fournit les rameaux dont vous avez besoin, et le reste de la touffe sert à décorer la maison avec ce que donne le jardin. Choisissez les rameaux bien garnis en baies, ils tiennent mieux en bouquet.
Les baies de gui sont-elles toxiques ?
Oui, pour les enfants comme pour les animaux. Les baies blanches sont les plus à risque parce qu’elles sont tentantes et faciles à porter à la bouche. Un bouquet de gui se suspend donc hors de portée, et les baies tombées se ramassent. En cas d’ingestion, même d’une seule baie, appelez le centre antipoison de votre région, ou le vétérinaire pour un animal, sans attendre de symptômes. L’Anses tient à jour les informations sur les plantes toxiques du jardin et de la maison.
Peut-on faire pousser du gui volontairement ?
C’est possible, mais réfléchissez-y à deux fois. La méthode consiste à écraser une baie mûre sur l’écorce d’une branche jeune et bien exposée, côté sud, puis à patienter : les premières feuilles apparaissent la deuxième année et la touffe devient visible au bout de quatre ou cinq ans. Sur un arbre d’ornement, pourquoi pas. Dans un verger, c’est se créer un entretien pour longtemps, et les oiseaux le porteront aux arbres voisins.
Que faire des branches de gui coupées ?
Évitez de les laisser au pied de l’arbre avec leurs baies : les oiseaux viennent s’y servir avant de les redéposer plus haut. Broyez les rameaux et mettez-les au compost, et gardez le bois de la branche porteuse pour le chauffage ou pour un tas de branches en coin de jardin. Pensez enfin à revenir voir l’arbre l’hiver suivant : une nouvelle touffe se repère en une minute à cette saison, et se coupe en cinq.