Il suffit de traverser un jardin un matin de novembre pour voir le contraste. Les massifs d’été sont couchés, les feuilles s’entassent au pied des haies, et pourtant quelques taches de couleur résistent : un aster encore visité par les abeilles aux heures douces, un cyclamen rose sorti de nulle part sous un vieil arbre, les premiers boutons jaunes d’un mahonia. Ces floraisons ne sont pas des retardataires. Ce sont des plantes dont la saison tombe précisément à ce moment, quand presque tout le reste s’est arrêté.
Voici huit plantes qui fleurissent encore au jardin en novembre, avec pour chacune l’endroit où les installer, la façon de les planter et ce qu’elles apportent à cette période creuse.
Les vivaces qui tiennent le plus longtemps en plein soleil
L’aster d’automne, la dernière grande table des abeilles
C’est la plante phare de cette fin de saison. Les asters d’automne, longtemps rangés dans le genre Aster et aujourd’hui classés pour la plupart dans le genre Symphyotrichum, ouvrent des centaines de petites fleurs mauves, bleues, roses ou blanches de septembre jusqu’aux premières fortes gelées. Par une journée douce, une touffe bien installée bourdonne autant qu’un massif de lavande en juin.
Ils demandent du soleil, un sol ordinaire qui ne reste pas détrempé l’hiver, et de l’air entre les touffes pour limiter l’oïdium, cette poudre blanche qui gagne le feuillage en fin d’été. Une erreur revient souvent : rabattre les tiges dès que les fleurs fanent. En les laissant debout jusqu’à la fin de l’hiver, on garde un abri pour les insectes, on protège le collet du froid et la souche repart plus franchement au printemps.
Le sédum d’automne, beau même quand il est fané
Le sédum d’automne, ou Hylotelephium spectabile, ouvre ses larges ombelles roses en fin d’été et les garde très longtemps. En novembre, elles ont viré au cuivré puis au brun roux, mais elles tiennent debout et prennent très bien la gelée blanche du matin. Les dernières fleurs encore ouvertes attirent abeilles et syrphes.
C’est une plante pour les sols pauvres et secs, en plein soleil, qui ne demande ni arrosage ni engrais. Elle se divise facilement et supporte les bordures d’allée. Si vous voulez le détail de sa culture, de la plantation à la division des touffes, tout est dans notre fiche consacrée au sédum spectabile.
Le chrysanthème des jardins, plus rustique qu’on ne le croit
Il souffre d’une réputation injuste, celle de la potée achetée pour la Toussaint et jetée quinze jours plus tard. Les chrysanthèmes de jardin sont pourtant des vivaces qui reviennent chaque année et fleurissent jusqu’aux froids installés, à condition d’être plantés en pleine terre, au soleil, dans un sol drainé.
Les variétés à fleurs simples, avec un cœur bien visible, sont de loin les plus intéressantes pour les insectes : les formes très doubles n’offrent presque rien à butiner. Pour sauver une potée au lieu de la perdre, voyez quoi faire avec un chrysanthème après la Toussaint.
Sous les arbres et dans les coins que le soleil a quittés
À cette saison, le soleil rase les murs et une grande partie du jardin passe à l’ombre. C’est justement là que se trouvent trois des plus belles floraisons de novembre, dans des endroits où rien d’autre ne pousse vraiment. Le site jumeau jardin365 a d’ailleurs réuni une sélection utile de fleurs qui aiment l’ombre si vous avez un coin difficile à habiller.
Le cyclamen de Naples, qui fleurit avant de faire ses feuilles
Le cyclamen de Naples, Cyclamen hederifolium, est une petite merveille de sobriété. Ses fleurs roses ou blanches sortent de terre nues, sans feuillage, de septembre à novembre, et le feuillage marbré arrive ensuite pour passer tout l’hiver. Il se plaît sous les arbres caducs, dans la terre sèche et pauvre où presque rien ne tient, et il se ressème seul au fil des années jusqu’à former de véritables tapis.
On plante les tubercules en fin d’été, à peine enterrés, le côté bombé vers le bas, et ensuite il ne demande plus rien. Attention à ne pas le confondre avec le cyclamen des fleuristes, beaucoup moins résistant au froid.
L’anémone du Japon, la dernière vague
L’anémone du Japon commence à fleurir en août et termine souvent en novembre dans les régions douces, avec ses fleurs légères portées haut au-dessus du feuillage. Elle aime la mi-ombre, un sol frais et riche, et elle déteste être déplacée : une fois plantée, il vaut mieux la laisser tranquille plusieurs années. Elle finit par s’étaler franchement, ce qui est parfait en pied de haie et plus encombrant dans un petit massif. Sa culture est détaillée chez jardin365, dans la fiche consacrée à l’anémone du Japon.
L’hellébore, la rose de Noël qui n’attend pas toujours Noël
Selon les variétés et les régions, l’hellébore ouvre ses premières fleurs blanches dès la fin novembre, bien avant la date que son surnom laisse imaginer. C’est une plante d’ombre et de mi-ombre, qui demande un sol frais, riche en matière organique, et beaucoup de patience les deux premières années. Ensuite, elle fleurit tout l’hiver et devient l’une des rares sources de nectar accessibles aux abeilles qui sortent par temps doux. Notre guide sur la plantation de l’hellébore, ou rose de Noël, détaille l’emplacement et les soins à lui donner.
Les arbustes qui prennent le relais quand les vivaces s’arrêtent
La viorne tin, une floraison qui dure tout l’hiver
La viorne tin, Viburnum tinus, porte ses boutons roses dès l’automne et les ouvre en petits bouquets blancs à partir de novembre, puis sans interruption jusqu’au printemps. Son feuillage reste en place toute l’année, ce qui en fait une bonne base de haie libre ou un arbuste isolé solide. Elle accepte le soleil comme la mi-ombre et se contente d’un sol ordinaire, à condition qu’il ne reste pas gorgé d’eau.
Le mahonia, du jaune vif au cœur de la mauvaise saison
Les mahonias à grandes grappes dressées ouvrent leurs épis jaune vif entre novembre et février, avec un parfum discret de muguet qui porte à plusieurs mètres par temps doux. Leur feuillage piquant les rend très utiles en limite de propriété. Ils préfèrent la mi-ombre et un sol qui ne se dessèche pas en été. Avec la viorne tin et quelques autres, ils forment le cœur de ce que l’on peut planter pour obtenir des arbustes à fleurs parfumées en hiver.
Les huit plantes en un coup d’œil
| Plante | Couleur | Floraison | Exposition | Hauteur | Intérêt pour les insectes |
|---|---|---|---|---|---|
| Aster d’automne | mauve, bleu, rose, blanc | septembre à novembre | soleil | 40 cm à 1,20 m | très élevé, abeilles et papillons |
| Sédum d’automne | rose puis cuivré | août à octobre, tiges décoratives ensuite | soleil | 40 à 60 cm | élevé en début de floraison |
| Chrysanthème des jardins | toutes teintes | octobre à novembre | soleil | 30 à 80 cm | bon si fleurs simples, nul si très doubles |
| Cyclamen de Naples | rose, blanc | septembre à novembre | ombre sous les arbres | 10 à 15 cm | modéré, quelques abeilles |
| Anémone du Japon | rose, blanc | août à novembre | mi-ombre | 70 cm à 1,20 m | bon, pollen des dernières sorties |
| Hellébore | blanc, rosé | novembre à mars selon variété | ombre, mi-ombre | 25 à 40 cm | élevé, nectar rare en hiver |
| Viorne tin | blanc rosé | novembre à mars | soleil, mi-ombre | 1,50 à 3 m | élevé, floraison très longue |
| Mahonia | jaune vif | novembre à février | mi-ombre | 1,50 à 3 m | très élevé par temps doux |
Pourquoi ces floraisons comptent autant à cette période
En novembre, les abeilles domestiques ne sont plus en pleine activité mais elles sortent dès que la température remonte au-dessus d’une dizaine de degrés, et elles rapportent alors ce qu’elles trouvent. Les bourdons, eux, volent par des températures nettement plus basses. Quelques reines cherchent encore à se nourrir avant d’hiverner, et les syrphes profitent des derniers jours doux. À cette saison, une touffe d’asters ou un mahonia en fleurs représentent souvent la seule ressource disponible sur plusieurs centaines de mètres.
C’est tout l’intérêt d’étaler les floraisons sur l’année plutôt que de tout concentrer au printemps. Un jardin qui offre quelque chose en novembre, puis en janvier avec les hellébores et les mahonias, soutient une population d’insectes bien plus stable qu’un massif spectaculaire en mai et vide le reste du temps. L’Office français de la biodiversité publie régulièrement des repères sur ces continuités de ressources, et le réseau botanique Tela Botanica permet de vérifier les noms et les périodes de floraison espèce par espèce.
Planter maintenant pour fleurir en novembre prochain
L’automne est la bonne saison pour mettre en place la plupart de ces plantes. La terre est encore tiède, les pluies font le travail d’arrosage et les racines s’installent avant l’hiver. Les arbustes comme la viorne tin et le mahonia se plantent sans difficulté jusqu’aux fortes gelées, en pralinant les racines nues. Les vivaces se plantent aussi en automne dans les régions aux hivers doux, et plutôt au début du printemps là où le sol reste froid et gorgé d’eau longtemps.
Pour compléter cette palette d’arrière-saison, deux autres valeurs sûres méritent une place : la bruyère d’hiver, qui prend le relais dès décembre en massif ou en bordure, et le jasmin d’hiver, dont les fleurs jaunes s’ouvrent sur des rameaux nus le long d’un mur. Avec quelques pensées en potée près de la porte d’entrée, l’ensemble tient jusqu’à la reprise de février. Pour élargir encore le choix, la sélection de fleurs d’automne publiée sur jardin365 est une bonne lecture complémentaire.
Une dernière chose, valable pour tout le massif : ne nettoyez pas trop. Les tiges sèches, les ombelles fanées des sédums et les feuilles mortes laissées au pied des touffes servent d’abri à quantité d’insectes pendant l’hiver, et ils seront les premiers à revenir butiner vos fleurs au printemps.