Que faire d’un chrysanthème après la Toussaint, quand ses fleurs commencent à faner sur la terrasse ou sur une tombe ? Le chrysanthème est une plante à fleurs d’automne qui, contrairement à ce que l’on croit souvent, vit plusieurs années et peut refleurir chaque année au jardin. Les potées vendues début novembre ne sont pas des bouquets jetables : avec quelques gestes simples, elles rejoignent un massif et reviennent fleurir à la même période, sans rien racheter.
Chaque année, des millions de pots partent à la déchetterie une fois les fleurs passées. C’est dommage, car la plante est encore bien vivante sous ses pétales fatigués. Voici comment faire le tri entre ce qui vaut la peine d’être gardé et ce qui est perdu, puis comment installer vos plantes pour les années suivantes.
- Pourquoi tant de pots finissent à la poubelle
- Les trois options après les fleurs
- Replanter en pleine terre, étape par étape
- La bonne place et la bonne terre
- Le calendrier sur toute l’année
- Garder la plante en pot sans la perdre
- Erreurs fréquentes
- Questions fréquentes
- En résumé
Pourquoi tant de pots finissent à la poubelle
Les chrysanthèmes vendus pour la Toussaint sont cultivés pour un effet immédiat. On les force sous abri, on les taille en boule serrée, on les gorge d’engrais pour que chaque bouton s’ouvre en même temps. Résultat : un pot spectaculaire pendant deux ou trois semaines, puis une plante qui semble s’effondrer d’un coup.
Ce n’est pourtant qu’une fin de floraison normale. La souche, c’est-à-dire la base des tiges et les racines, reste vivante et prête à repartir au printemps. Deux choses seulement condamnent vraiment un pot : une motte qui a gelé de part en part pendant plusieurs jours, ou une motte restée détrempée dans un cache-pot sans trou, ce qui fait pourrir les racines.
Pour savoir où vous en êtes, grattez la terre au pied d’une tige et regardez le collet, la zone où les tiges sortent du sol. S’il est ferme et clair, la plante est bonne à garder. S’il est mou, brun et qu’il s’écrase entre les doigts, mieux vaut mettre le tout au compost et passer à autre chose.
Les trois options après les fleurs
Garder le pot tel quel
C’est la solution la plus simple si vous n’avez pas de jardin. Vous coupez les fleurs fanées, vous installez le pot contre un mur abrité, et vous attendez le printemps. La plante passe l’hiver au repos, presque sans eau, puis repart de la souche en mars ou avril. L’inconvénient : les racines souffrent plus du froid dans un pot que dans le sol, et la floraison de l’année suivante est souvent moins fournie si vous ne rempotez pas.
Replanter en pleine terre
C’est de loin le meilleur choix quand vous avez un coin de massif libre. En pleine terre, les racines sont protégées par la masse du sol, la plante s’étoffe d’année en année et forme une touffe large qui fleurit sans effort à l’automne. Beaucoup de variétés vendues en pot tiennent ainsi plusieurs hivers, surtout dans un sol qui ne garde pas l’eau.
Bouturer pour multiplier
Si le pot vous plaît beaucoup, prenez une assurance. Au printemps, quand les jeunes pousses atteignent une dizaine de centimètres, coupez-en quelques-unes à la base et plantez-les dans un mélange léger de terreau et de sable. Elles s’enracinent en deux à trois semaines et vous donnez des plantes identiques à la plante mère, gratuitement. C’est la même logique que pour la division des plantes de massif, en version plus douce.
Replanter en pleine terre, étape par étape
L’opération prend un quart d’heure et se fait dès que les dernières fleurs sont passées, tant que le sol n’est pas gelé ni gorgé d’eau. Un sol encore un peu tiède aide les racines à s’installer avant les grands froids.
Commencez par couper les tiges à une quinzaine de centimètres du sol. Ne rasez pas tout : les restes de tiges protègent le coeur de la touffe et vous indiquent où se trouve la plante quand elle aura disparu sous terre en janvier.
Sortez la motte du pot et observez-la. Si les racines tournent en rond au fond, démêlez-les doucement avec les doigts pour qu’elles partent vers l’extérieur. Souvent, un pot de la Toussaint contient trois ou quatre jeunes plants serrés les uns contre les autres. Vous pouvez les séparer et obtenir autant de plantes, espacées de trente à quarante centimètres.
Creusez un trou deux fois plus large que la motte, mélangez la terre sortie avec une poignée de compost bien mûr, puis placez la plante de façon que le haut de la motte arrive juste au niveau du sol. Rebouchez, tassez du plat de la main, arrosez une fois sans excès pour coller la terre aux racines.
Finissez par une couche de feuilles mortes ou de paille de cinq à sept centimètres autour de la touffe, sans couvrir les tiges coupées. Cette protection limite les écarts de température et l’effet des pluies froides. Si vous manquez de matière, les feuilles ramassées sous les arbres font parfaitement l’affaire, et notre guide du paillage détaille les épaisseurs selon les matériaux. Le site Jardin365 propose aussi un comparatif des paillis du jardin utile pour choisir.
La bonne place et la bonne terre
Le chrysanthème demande peu, mais il a deux exigences fermes : du soleil et un sol qui laisse filer l’eau. Comptez au moins quatre à cinq heures de lumière directe par jour, sinon les tiges s’allongent et les fleurs se font rares. Une exposition au sud ou à l’ouest, le long d’un mur, convient très bien, et la liste des fleurs qui aiment le soleil aide à composer un massif cohérent autour.
L’eau stagnante en hiver est le vrai danger, bien plus que le froid lui-même. Une terre lourde qui reste collante des semaines entières fait pourrir les racines au repos. Si c’est votre cas, plantez sur une petite butte de dix à quinze centimètres et incorporez du sable grossier ou du compost pour ouvrir la terre. Nos conseils pour améliorer une terre argileuse s’appliquent directement ici.
Côté voisinage, le chrysanthème s’associe bien avec les plantes qui prennent le relais à d’autres saisons : bulbes de printemps juste devant, graminées légères derrière, ou bruyères d’hiver pour garder de la couleur une fois ses fleurs passées. En pot sur un balcon, il tient aussi très bien sa place dans une composition d’automne.
Le calendrier sur toute l’année
Fin d’automne et hiver
Rien à faire, et c’est voulu. La plante disparaît presque complètement, seules les tiges coupées restent visibles. N’arrosez pas, ne touchez pas au paillage. Quand une période de froid marqué est annoncée, vous pouvez poser un voile d’hivernage sur les touffes plantées récemment, en le retirant dès le retour de températures plus douces. Un oeil sur les prévisions de Météo-France suffit à anticiper ces épisodes.
Printemps
Les premières pousses sortent de terre quand le sol se réchauffe. C’est le moment de retirer une partie du paillage pour laisser passer la lumière, d’apporter une poignée de compost autour de la touffe et, tous les trois ou quatre ans, de diviser les souches devenues trop larges. Cette division relance la vigueur et vous donne de nouveaux plants, comme l’explique ce pas à pas de la division des touffes.
Début d’été
Voilà le geste qui change tout et que presque personne ne fait : le pincement. Quand les tiges atteignent une vingtaine de centimètres, coupez le bout de chacune avec les doigts, sur deux ou trois centimètres. Recommencez une fois environ un mois plus tard. Chaque tige coupée se ramifie en deux ou trois nouvelles, et vous obtenez à l’automne une touffe large et couverte de fleurs au lieu de quelques longues tiges qui se couchent. Arrêtez de pincer au début de l’été, sinon vous retardez la floraison.
Fin d’été
Les boutons se forment. Arrosez régulièrement si le temps reste sec, car un manque d’eau à ce moment fait avorter les fleurs. Les touffes hautes gagnent à être soutenues par quelques tuteurs discrets ou par un cercle de grillage souple, posé avant que les tiges ne s’étalent.
Garder la plante en pot sans la perdre
Sur un balcon, la méthode change un peu. Commencez par vérifier que le pot a bien des trous au fond et retirez tout cache-pot décoratif qui retient l’eau. Coupez les tiges à quinze centimètres, puis placez le pot contre un mur de la maison, à l’abri du vent et de la pluie battante, le long d’une façade plutôt qu’au milieu de la terrasse.
Le piège, c’est l’arrosage. En hiver, la plante ne consomme presque rien : un verre d’eau toutes les deux ou trois semaines, seulement si la terre est sèche en profondeur, suffit largement. Si une période de gel important est annoncée, groupez les pots ensemble, entourez-les de papier bulle ou de vieux tissus, et posez une planche dessous pour couper le contact avec le sol froid.
Au printemps, rempotez dans un contenant un peu plus grand avec un mélange neuf, moitié terreau et moitié terre de jardin, plus une poignée de compost. Sans ce renouvellement, la plante s’épuise en deux saisons. Le pincement de début d’été reste valable en pot, et il y est encore plus utile pour garder une forme compacte.
Erreurs fréquentes
Jeter le pot dès que les fleurs fanent. La plante n’est pas morte, elle entre au repos. Vérifiez le collet avant de décider.
Laisser le pot dans son cache-pot ou sa coupelle. L’eau qui stagne au fond tue plus de chrysanthèmes que le froid.
Couper les tiges au ras du sol. Il vaut mieux laisser une quinzaine de centimètres, qui protègent le coeur de la touffe et marquent l’emplacement.
Planter dans un coin ombragé. Sans soleil direct, la plante monte en tiges molles et fleurit à peine.
Oublier le pincement au printemps. C’est la différence entre une touffe ronde et fleurie et trois tiges qui tombent sur le côté.
Apporter de l’engrais en hiver. Une plante au repos n’en fait rien, et les sels s’accumulent dans la terre. Le compost au printemps suffit, dans l’esprit du jardinage sans produits chimiques encouragé par le ministère de la Transition écologique.
Questions fréquentes
Un chrysanthème de cimetière peut-il être replanté au jardin ?
Oui, ce sont les mêmes plantes que celles vendues en jardinerie. Récupérez le pot avant les premiers froids marqués, vérifiez que la motte n’a pas gelé en bloc, puis traitez-le comme n’importe quelle potée d’automne.
Toutes les variétés tiennent-elles le froid ?
La plupart des chrysanthèmes d’automne supportent des hivers courants en France, surtout en sol drainé. Les variétés à très grosses fleurs, cultivées pour le spectacle, sont les plus fragiles. Dans les régions où le gel est long et profond, un paillage épais devient indispensable.
Combien de temps une touffe vit-elle ?
Plusieurs années sans problème, souvent cinq à dix, à condition de diviser la souche tous les trois ou quatre ans. Sans division, le centre de la touffe se dégarnit et la floraison s’appauvrit.
Faut-il rentrer la plante dans la maison ?
Non, c’est une des erreurs les plus courantes. Dans une pièce chauffée, la plante ne trouve pas le repos hivernal dont elle a besoin, s’étiole et attire les pucerons. Le froid lui est utile.
Quand la floraison revient-elle ?
À la même période, en automne. La plante réagit à la baisse de la durée du jour, pas à la température : elle fleurira donc naturellement en octobre et novembre, sans aucune intervention de votre part.
En résumé : chrysanthème après la Toussaint
- Ne jetez rien avant d’avoir vérifié le collet : une plante au repos ressemble beaucoup à une plante morte.
- Coupez les tiges à quinze centimètres, replantez en pleine terre au soleil et dans un sol qui ne retient pas l’eau.
- Paillez de cinq à sept centimètres avec des feuilles mortes ou de la paille, puis oubliez la plante jusqu’au printemps.
- En pot, supprimez le cache-pot, arrosez très peu et rempotez au printemps dans un mélange neuf.
- Pincez le bout des tiges en fin de printemps et au début de l’été pour une touffe large et couverte de fleurs.
Ces conseils reprennent les pratiques courantes des producteurs de plantes de massif et ce que l’on observe saison après saison dans les jardins : une potée de la Toussaint correctement rabattue et replantée fleurit en général dès l’automne suivant, souvent mieux que la première année. Si vous avez un massif libre et dix minutes devant vous, essayez sur un seul pot cette année, vous verrez la différence au prochain automne.