La plupart des vivaces peuvent rester debout jusqu’à la fin de l’hiver, et c’est même préférable. Les tiges sèches abritent les insectes, les graines nourrissent les oiseaux et le feuillage mort protège la souche du froid. On ne coupe en automne qu’une petite liste de plantes, celles qui pourrissent sur place ou qui gardent des maladies d’une année sur l’autre.
Les vivaces qui gagnent à rester debout tout l’hiver
Les plantes à tiges solides et à têtes de graines tiennent sans problème jusqu’en février. Le sedum, l’échinacée, la rudbeckie, la monarde, l’achillée et les graminées comme le miscanthus ou le stipa entrent dans cette catégorie. Leurs tiges creuses servent de refuge aux petites abeilles solitaires et aux coccinelles, qui passent la mauvaise saison à l’abri du vent et de la pluie. C’est le même principe que celui d’un abri à insectes installé pour l’hiver, en plus naturel et en plus efficace.
Dans mon massif, une grosse touffe de sedum laissée debout se couvre de givre dès les premières nuits froides. Au printemps, en écartant les tiges sèches, on retrouve en dessous les nouvelles pousses déjà sorties, bien vertes et intactes. La touffe coupée à ras juste à côté démarre systématiquement une à deux semaines plus tard.
L’autre avantage est visuel. Un massif de vivaces sèches prend du relief sous le gel et occupe l’espace quand presque rien ne fleurit, en complément des fleurs encore présentes en novembre. Les zones laissées en l’état comptent parmi les refuges les plus utiles du jardin, comme le rappelle l’Office français de la biodiversité.
Celles qu’il vaut mieux rabattre avant les grands froids
Quelques vivaces font exception. Leur feuillage est tendre, gorgé d’eau, et il se transforme en bouillie dès les premières gelées. Cette matière molle colle au collet, retient l’humidité et fait pourrir la souche. La pivoine, l’hémérocalle, l’hosta, le delphinium et l’ancolie sont dans ce cas.
Deuxième cas à couper, les plantes qui ont été malades. Des asters couverts de taches blanches en fin de saison gardent les spores sur leur feuillage, et la pivoine est souvent touchée par une maladie qui noircit les tiges. On sort ces déchets du massif sans les mettre au compost, le reste du nettoyage d’automne du jardin suffit à alimenter le tas.
Enfin, l’iris des jardins se coupe en automne, mais pour une autre raison. Son feuillage en éventail attire une petite chenille qui creuse des galeries et finit par atteindre le rhizome. Rabattre les feuilles à une quinzaine de centimètres limite nettement le problème.
| Vivace | Quand couper | Pourquoi |
|---|---|---|
| Sedum | Printemps | Têtes de graines décoratives sous le givre, protègent les pousses |
| Échinacée | Printemps | Graines très recherchées par les chardonnerets |
| Graminées | Printemps | Le feuillage sec protège le cœur de la touffe de l’eau stagnante |
| Népéta | Printemps | Souche fragile en sol humide, les tiges font paillage |
| Alchémille | Printemps | Reste verte longtemps, repart mieux sans coupe d’automne |
| Aster | Automne si maladie | Feuillage souvent couvert de taches blanches qui se conservent |
| Pivoine | Automne | Tiges qui noircissent et gardent les maladies jusqu’au printemps |
| Hémérocalle | Automne | Feuillage mou qui pourrit au pied de la touffe |
| Iris | Automne | Feuilles rabattues pour limiter les chenilles qui attaquent le rhizome |
Couper sans abîmer la souche
Quand la coupe s’impose, laissez un talon de 10 à 15 centimètres au-dessus du sol. Couper à ras expose le collet au gel et fait perdre le repère de l’emplacement pendant tout l’hiver, utile quand on bêche ou qu’on plante des bulbes à côté.
Travaillez par temps sec, avec un sécateur propre. Passez la lame à l’alcool entre deux touffes malades, sinon vous transportez le problème d’un pied à l’autre.
C’est aussi le bon moment pour repérer les touffes trop larges, au centre dégarni. Elles se traitent au moment de diviser les vivaces en automne, un geste détaillé également sur notre site jumeau dans ce guide de la division des vivaces. Si des emplacements restent vides après coup, l’automne est la meilleure période pour planter de nouvelles vivaces.
Le bon moment pour le nettoyage de printemps
Attendez que les températures se maintiennent au-dessus de 10 degrés pendant plusieurs jours avant de rabattre ce qui est resté debout. Les insectes qui dorment dans les tiges creuses ne sortent pas avant, et couper trop tôt revient à jeter toute la petite faune qu’on avait pris soin d’héberger. Les prévisions de Météo-France indiquent bien le moment où la douceur s’installe.
Le repère le plus simple reste la plante elle-même. Dès que les nouvelles pousses pointent à la base de la touffe, les tiges de l’an passé n’ont plus d’utilité et peuvent partir. Coupez juste au-dessus des jeunes feuilles, sans les toucher.
Plutôt que de tout évacuer, mettez les tiges sèches en petits fagots dans un coin tranquille, le temps que les derniers insectes en sortent. Ce chantier s’enchaîne naturellement avec les autres tailles de fin d’automne et prépare la saison des floraisons, dans la lignée des fleurs d’automne qui viennent de finir. Pour les vivaces à feuillage persistant comme le géranium vivace, un simple nettoyage des feuilles abîmées suffit, sans coupe sévère.