En cette période, la pelouse disparaît sous les feuilles en quelques jours. Beaucoup de jardiniers les chargent dans la remorque et filent à la déchetterie. C’est dommage : ce tas gratuit se transforme tout seul en l’un des meilleurs supports de culture du jardin, le terreau de feuilles.
Ce terreau n’est pas un compost. Il ne chauffe presque pas et nourrit très peu les plantes. Ce qu’il apporte, c’est une matière brune, légère et spongieuse, qui retient l’eau et allège la terre. Les anciens jardiniers l’utilisaient pour leurs semis bien avant les sacs du commerce. La recette tient en quelques gestes, et la seule difficulté est d’accepter d’attendre.
Quelles feuilles utiliser et lesquelles mettre de côté
Toutes les feuilles finissent par se décomposer, mais pas à la même vitesse. Les fines et souples passent en quelques mois, les épaisses et coriaces demandent bien plus de temps. L’idéal est de mélanger les deux.
| Feuilles | Vitesse de décomposition | Usage conseillé |
|---|---|---|
| Frêne, tilleul, bouleau, charme | Rapide, en général moins d’un an si elles sont broyées | Base du tas, feuilles idéales pour un premier essai |
| Arbres fruitiers (pommier, poirier, prunier) | Rapide, à condition d’écarter les feuilles marquées par la maladie | À mélanger aux autres feuilles du jardin |
| Érable, marronnier, peuplier | Moyenne, les grandes feuilles ont intérêt à être broyées | Bon volume de départ, à broyer à la tondeuse |
| Chêne, hêtre, châtaignier | Lente, souvent deux ans sans broyage | Terreau très fin et acide, parfait pour les plantes de terre de bruyère |
| Platane | Lente, feuilles épaisses et poilues | En petite quantité seulement, bien broyées |
| Noyer, laurier-cerise, thuya et autres conifères | Très lente, substances qui freinent la germination | À éviter dans le tas, ou en très faible proportion |
| Feuilles tachées, couvertes de rouille ou d’oïdium | Variable | À sortir du jardin plutôt qu’à recycler en terreau de semis |
Les feuilles de noyer sont souvent dites impossibles à composter. En réalité elles se décomposent, simplement plus lentement, et les substances qu’elles contiennent se dégradent avec le temps. Si votre jardin n’a qu’un noyer, montez un tas à part et donnez-lui deux ans, jamais pour vos semis.
Le matériel à réunir avant de commencer
- Un râteau à feuilles, ou un souffleur si la surface est grande.
- Une tondeuse, la vôtre suffit, pour broyer les feuilles au passage.
- Des sacs plastique épais percés de trous, ou du grillage à poule et quatre piquets pour monter une cage.
- Un arrosoir, car des feuilles sèches ne se décomposent pas.
- Un coin d’ombre où le tas restera tranquille un an ou deux.
Fabriquer son terreau de feuilles pas à pas

- Ramassez les feuilles au bon moment. Attendez que la plupart soient tombées et choisissez une journée où la pelouse n’est pas détrempée : légèrement humides, les feuilles se ramassent bien et s’envolent moins. Laissez-en une couche fine sous les haies, elle abrite quantité d’insectes utiles pendant l’hiver.
- Broyez-les à la tondeuse. Étalez-les en couche sur la pelouse et passez la tondeuse dessus, bac en place. C’est l’étape qui change tout : coupées en morceaux, les feuilles offrent beaucoup plus de surface aux champignons qui font le travail, et le délai est divisé à peu près par deux. En prime, le bac récupère un peu d’herbe coupée, qui apporte l’azote manquant.
- Humidifiez le tas. Versez l’eau de l’arrosoir au fur et à mesure du remplissage, pas seulement sur le dessus. Les feuilles doivent être humides comme une éponge que l’on vient d’essorer. Un tas sec reste intact pendant des années, c’est la cause d’échec la plus courante.
- Enfermez le tout. Deux solutions marchent aussi bien. Le sac : remplissez, tassez, percez une dizaine de trous, fermez sans serrer et posez-le derrière l’abri. La cage : roulez le grillage en cylindre d’environ un mètre de large, fixez-le sur des piquets et remplissez. La cage convient aux gros volumes, le sac garde mieux l’humidité.
- Laissez faire le temps. Comptez environ un an pour des feuilles broyées et jusqu’à deux ans pour des feuilles entières, selon les essences et la douceur de l’hiver. Une à deux fois dans l’année, ouvrez, vérifiez que le contenu est humide, arrosez si besoin. Rien d’autre à faire.
- Récoltez votre terreau. Videz le sac sur une bâche, écartez les morceaux non décomposés pour le tas suivant. Le reste est prêt à servir.
Chez moi, un sac de feuilles de charme oublié derrière l’abri a donné, l’automne suivant, une matière brun foncé à l’odeur de sous-bois, utilisée ensuite en mélange pour les semis de printemps. Aucune intervention entre les deux, juste un sac percé posé à l’ombre.
À quoi reconnaît-on un terreau de feuilles prêt
Un terreau mûr est brun foncé à presque noir, friable, et s’effrite entre les doigts sans coller. Les nervures ont disparu ou ne sont plus que des filaments. L’odeur rappelle le sous-bois après la pluie, jamais une matière qui fermente.
Si le tas sent mauvais, il est trop tassé et trop mouillé : étalez-le une journée et remettez-le en place plus aéré. S’il est resté presque intact, c’est qu’il a manqué d’eau. Rien n’est perdu, il suffit de corriger et de patienter quelques mois.
Comment l’utiliser au potager et dans les pots
Bien décomposé et tamisé grossièrement, il forme un excellent support de semis mélangé à parts égales avec du sable ou de la terre de jardin. Il est pauvre, et c’est justement ce que recherchent les jeunes racines. Pour rempoter des plantes installées, ajoutez du compost mûr, car les feuilles seules ne nourrissent pas une plante sur la durée.
Au jardin, il se répand en couche de deux à trois centimètres au pied des fraisiers, des petits fruits, des hortensias et des rhododendrons, qui apprécient sa légère acidité. Étalé sur une planche vide, il protège la terre pendant l’hiver et s’incorpore seul grâce aux vers de terre. C’est le complément du paillage direct avec les feuilles mortes, plus rapide mais plus grossier.
Un terreau à demi décomposé, encore grossier, n’est pas à jeter : il fait un très bon paillage d’hiver, comme le bois raméal fragmenté répandu en automne, et il finira de se décomposer sur place.
Terreau de feuilles ou compost, lequel choisir
Les deux se complètent. Le compost, issu de déchets de cuisine et de jardin, chauffe, se fabrique en quelques mois et nourrit les cultures. Le terreau de feuilles travaille à froid, prend son temps et améliore surtout la structure de la terre. Montez les deux en parallèle : le guide pour faire un compost de qualité complète ce que vous venez de lire, et les autres usages des feuilles mortes au jardin aident à écouler le surplus.
Fabriquer son terreau évite aussi d’acheter des sacs dont la composition n’est pas toujours claire. Le choix du terreau adapté à chaque plante et celui d’un terreau plus respectueux de l’environnement prennent un autre sens quand une partie du volume vient du jardin.
Pour aller plus loin sur la gestion des feuilles, le site jumeau Jardin365 détaille ce que deviennent les feuilles mortes au jardin, la méthode complète du compost maison et les façons de pailler le potager à l’automne.
Dernier point : brûler ses feuilles au fond du jardin est interdit, et la fumée dégagée est bien plus polluante qu’on ne l’imagine. Les règles et les solutions de remplacement sont rappelées par l’Agence de la transition écologique et sur le portail service-public.fr. Le tas de feuilles reste la solution la plus simple.
En résumé
Ramassez les feuilles, broyez-les à la tondeuse, mouillez-les, enfermez-les dans un sac percé ou une cage de grillage à l’ombre, et oubliez-les un an. Vous récupérerez une matière brune et légère qui remplacera une bonne partie du terreau acheté.