Les petites baies rouges qui couvrent les talus, les bordures de parking et le pied des murets à l’entrée de l’hiver appartiennent presque toujours au même arbuste : le cotonéaster. C’est l’un des rares genres qui donne à la fois un couvre-sol rampant de vingt centimètres, une haie libre de trois mètres et un petit arbre à grosses grappes rouges. Tout dépend de l’espèce que l’on plante, et c’est précisément là que la plupart des jardiniers se trompent, en achetant un plant étiqueté « cotonéaster » sans regarder lequel.
Voici six espèces faciles à trouver en pépinière, avec l’usage auquel chacune convient vraiment, leur hauteur réelle à maturité et ce qu’elles apportent aux oiseaux et aux abeilles.
Au sommaire
- Six cotonéasters, six usages au jardin
- Cotoneaster horizontalis, le plus graphique contre un muret
- Cotoneaster dammeri, le tapis qui habille un talus
- Cotoneaster franchetii, la haie libre au feuillage gris
- Cotoneaster lacteus, de grosses grappes rouges en plein hiver
- Cotoneaster salicifolius, un rideau retombant au-dessus d’un mur
- Cotoneaster x watereri ‘Cornubia’, presque un petit arbre
- Planter de novembre à mars, hors période de gel
- Une taille légère, surtout pas une taille au carré
- Ce que les oiseaux font des baies, et pourquoi y penser avant de planter
Six cotonéasters, six usages au jardin
Les hauteurs ci-dessous sont des fourchettes observées au jardin, en sol ordinaire et sans taille sévère. Un même arbuste reste plus bas en sol pauvre et sec, plus haut en terre profonde.
| Espèce | Hauteur à maturité | Feuillage | Usage principal | Baies | Intérêt pour la faune |
|---|---|---|---|---|---|
| Cotoneaster horizontalis | 0,5 à 1 m, s’étale sur 1,5 à 2 m | Caduc, rouge vif en automne | Pied de muret, rocaille, talus court | Rouges, petites, nombreuses | Fleurs très visitées par les abeilles, baies prises en fin d’automne |
| Cotoneaster dammeri | 10 à 30 cm, s’étale sur 1,5 à 2 m | Persistant | Couvre-sol rampant, talus, grande surface | Rouges, isolées | Abri au ras du sol pour les insectes, baies pour les merles |
| Cotoneaster franchetii | 2 à 3 m | Semi-persistant, vert gris | Haie libre, écran bas | Orange rouge, en petits bouquets | Floraison abondante, feuillage dense où nichent les petits oiseaux |
| Cotoneaster lacteus | 2,5 à 4 m | Persistant, revers blanc | Haie libre épaisse, brise-vue | Rouges, en larges grappes tenant tout l’hiver | Floraison tardive utile aux abeilles, garde-manger de fin d’hiver |
| Cotoneaster salicifolius | 2 à 4 m | Persistant, feuilles étroites | Haut d’un mur, pente, port retombant | Rouges, très nombreuses et fines | Rameaux souples où les oiseaux se posent facilement |
| Cotoneaster x watereri ‘Cornubia’ | 4 à 6 m | Semi-persistant | Grand arbuste isolé ou petit arbre | Grosses grappes rouges, abondantes | La plus grosse réserve de baies du genre |
Cotoneaster horizontalis, le plus graphique contre un muret
C’est celui que l’on reconnaît de loin, à ses rameaux plats disposés en arêtes de poisson, presque comme une plante dessinée. Il ne dépasse guère un mètre de haut mais s’étale largement, ce qui en fait l’arbuste idéal au pied d’un muret, sur une rocaille sèche ou en haut d’un petit talus où rien ne tient.
Son gros atout est le feuillage caduc : les petites feuilles rondes virent au rouge orangé avant de tomber, et les baies restent alors seules sur les rameaux nus. L’effet est spectaculaire pendant quelques semaines. Il accepte le plein soleil comme la mi-ombre et se passe d’arrosage une fois installé. En revanche, il n’aime pas les sols lourds qui restent détrempés tout l’hiver.
Cotoneaster dammeri, le tapis qui habille un talus
Ici, on change complètement de logique : la plante rampe au ras du sol, s’enracine au passage là où les tiges touchent la terre, et finit par former un tapis persistant de dix à trente centimètres d’épaisseur. C’est la solution classique pour couvrir un talus que l’on ne veut plus tondre, le bord d’une allée en pente ou une grande surface difficile d’accès.
Comptez trois à quatre plants par mètre carré pour fermer le terrain en deux ou trois saisons. Pendant cette période d’installation, le désherbage manuel reste nécessaire, sinon les herbes poussent à travers et deviennent impossibles à retirer ensuite. Les baies sont plus clairsemées que chez les autres espèces, mais le feuillage reste vert toute l’année, ce qui est précieux sur un talus en hiver.
Cotoneaster franchetii, la haie libre au feuillage gris
Si vous cherchez une haie qui ne demande presque rien, c’est souvent celui-ci qu’il faut planter. Il monte à deux ou trois mètres, garde une bonne partie de son feuillage en hiver et prend une teinte vert gris discrète qui s’accorde bien avec les autres arbustes d’une haie champêtre plantée en automne.
Ses fleurs blanc rosé, en mai et juin, attirent énormément d’abeilles, au point qu’on les entend avant de les voir. Les baies orange rouge qui suivent sont un peu plus petites que celles des autres espèces, mais très nombreuses. Plantez-le tous les 80 cm à 1 m en ligne pour une haie libre, sans chercher à le tailler au cordeau.
Cotoneaster lacteus, de grosses grappes rouges en plein hiver
Celui-ci est le plus imposant des cotonéasters de haie : feuilles épaisses, nettement nervurées, blanches en dessous, et un port large qui ferme vraiment la vue. Il atteint trois à quatre mètres et forme un écran dense, en remplacement ou en complément d’une haie persistante classique.
Sa particularité tient à son calendrier : il fleurit tard, souvent en juin, et ses grappes de baies rouges arrivent plus tardivement que chez les autres espèces. Résultat, elles tiennent souvent jusqu’en février quand les sorbiers et les pyracanthas sont déjà vidés. Pour qui veut nourrir les oiseaux au moment où ils en ont le plus besoin, c’est un atout réel, dans le même esprit que ce que l’on fait quand on prévoit de nourrir les oiseaux en hiver.
Cotoneaster salicifolius, un rideau retombant au-dessus d’un mur
Ses feuilles étroites et allongées, un peu comme celles d’un saule, lui donnent une allure beaucoup plus légère que les précédents. Les rameaux s’arquent et retombent, ce qui le rend très beau planté en haut d’un mur de soutènement, au bord d’une terrasse surélevée ou sur une pente, où il laisse pendre ses branches chargées de baies.
Les baies sont petites mais produites en quantité impressionnante, au point que les rameaux ploient sous leur poids certaines années. Plusieurs variétés existent, des formes presque rampantes aux grands sujets de quatre mètres : vérifiez l’étiquette, car l’écart est considérable d’une variété à l’autre.
Cotoneaster x watereri ‘Cornubia’, presque un petit arbre
C’est l’option à retenir quand on veut un sujet isolé plutôt qu’une haie. Ce croisement monte à quatre, parfois six mètres, et peut être conduit sur un tronc unique pour obtenir un petit arbre au port souple. Ses grappes de baies sont les plus grosses du genre, d’un rouge profond, et elles restent décoratives une bonne partie de l’hiver.
Il garde l’essentiel de ses feuilles dans les régions douces et en perd une partie ailleurs, après un hiver avec un risque de gel important. Prévoyez-lui de la place : son envergure dépasse souvent trois mètres, et un plant serré contre une clôture perd tout son intérêt. C’est un bon compagnon pour un mahonia ou un pyracantha, qui fleurissent et fructifient à d’autres moments de la saison.
Planter de novembre à mars, hors période de gel
Le cotonéaster se plante pendant tout le repos de la végétation, de novembre à mars, en évitant simplement les jours où la terre est gelée ou gorgée d’eau. Une plantation d’automne reste la meilleure : les racines travaillent doucement tout l’hiver et l’arbuste démarre sans arrosage au printemps suivant.
La marche à suivre est simple. Creusez un trou deux fois plus large que la motte, griffez le fond, démêlez les racines si elles tournent en rond, replacez la terre du jardin sans engrais, tassez au pied et arrosez une bonne fois même s’il pleut, pour chasser les poches d’air. Pour une haie, comptez 80 cm à 1 m entre les plants selon l’espèce, et 3 à 4 plants au mètre carré pour un couvre-sol.
Côté sol, le genre est peu exigeant : terre ordinaire, calcaire, caillouteuse, sèche en été, tout lui va. Le seul vrai échec vient des terres lourdes où l’eau stagne en hiver. Dans ce cas, plantez sur une petite butte de quinze centimètres plutôt que dans une cuvette. Vous retrouverez la même logique de plantation d’arbustes sur notre site jumeau, dans le guide consacré à la plantation d’une haie en automne.
Une taille légère, surtout pas une taille au carré
La taille au taille-haie est l’erreur la plus répandue avec cet arbuste : elle coupe les rameaux de l’année, c’est-à-dire exactement ceux qui portent les fleurs puis les baies. Une haie de cotonéaster taillée deux fois par an finit verte, dense et sans une seule baie rouge.
Contentez-vous donc d’une intervention légère, au sécateur, juste après la chute des baies ou en fin d’hiver : retirez le bois mort, dégagez le centre si la ramure s’épaissit trop, raccourcissez les branches qui débordent sur un passage. Les formes couvre-sol se contentent d’un simple nettoyage des rameaux secs. Un sécateur bien affûté suffit dans presque tous les cas.
Surveillez tout de même les rameaux qui noircissent brutalement, se recourbent et restent accrochés à la plante : le cotonéaster fait partie des arbustes de la famille des rosacées sensibles au feu bactérien, comme les poiriers et les aubépines. Coupez largement en dessous de la partie atteinte, désinfectez la lame, et brûlez ou évacuez les déchets plutôt que de les composter.
Ce que les oiseaux font des baies, et pourquoi y penser avant de planter
Les baies de cotonéaster sont un garde-manger de fin d’automne et d’hiver pour les merles, les grives et les fauvettes à tête noire. Sur un talus que nous suivons depuis plusieurs automnes, un pied de cotonéaster couvert de baies est entièrement nettoyé par les merles en moins d’une semaine dès que les premiers froids arrivent, alors que les mêmes baies restaient intactes depuis septembre. Le pyracantha et le houx connaissent exactement le même sort, un peu plus tard dans la saison.
Pour un jardin, c’est une excellente nouvelle. Au-delà du jardin, c’est plus délicat : les oiseaux déposent les graines partout, et plusieurs cotonéasters se ressèment spontanément sur les friches, les éboulis, les vieux murs et les pelouses sèches, où ils concurrencent la flore locale. Plusieurs espèces, dont Cotoneaster horizontalis, figurent à ce titre sur des listes régionales de plantes envahissantes en France et dans les pays voisins, et certaines collectivités en déconseillent la plantation. L’Office français de la biodiversité tient à jour l’information sur ces espèces introduites qui posent problème dans les milieux naturels.
La conduite à tenir est raisonnable plutôt que radicale : gardez le cotonéaster pour des usages contenus, haie de jardin, talus de maison, pied de muret, et évitez d’en planter en bordure immédiate d’un espace naturel sensible, d’une pelouse calcaire ou d’un coteau sec. Si vous cherchez une alternative indigène, l’aubépine, le fusain d’Europe, la viorne lantane ou le sureau jouent le même rôle pour les oiseaux. Notre site jumeau détaille d’ailleurs plusieurs de ces arbustes à baies pour les oiseaux ainsi que le très coloré callicarpa aux baies violettes.
Un dernier point pratique : les baies de cotonéaster sont légèrement toxiques pour nous et n’ont aucun usage culinaire. Elles ne présentent pas de danger à simplement manipuler ou tailler l’arbuste, mais mieux vaut apprendre aux enfants à ne pas les porter à la bouche, comme pour la plupart des baies décoratives du jardin.