Entre le 1er octobre et le 1er novembre, Paris perd environ 1 h 45 de jour : on passe de près de 11 h 30 de lumière à 9 h 45. C’est la chute la plus brutale de toute l’année, et elle explique presque tout ce qui se passe au potager en ce moment. Les plantes ne manquent pas d’eau, elles ne manquent pas forcément de chaleur non plus. Elles manquent de lumière.
Sous 10 heures de jour, les légumes passent en veille
La plupart des légumes de nos potagers ont besoin d’environ dix heures de lumière par jour pour fabriquer plus de matière qu’ils n’en consomment. En dessous, ils restent verts, ils restent vivants, mais ils ne grossissent presque plus. Les maraîchers appellent parfois cette période la période de Perséphone, en référence à la déesse grecque qui passait l’hiver sous terre.
Le seuil n’arrive pas le même jour partout. D’après le calcul du lever et du coucher du soleil, Lille passe sous dix heures de jour vers le 25 octobre, Paris vers le 28 octobre, Lyon vers le 1er novembre et Marseille vers le 5 novembre. La remontée se fait dans l’ordre inverse, entre le 5 et le 16 février. Entre les deux, un jardinier du Nord vit à peu près deux semaines de plus de cette saison creuse qu’un jardinier du Midi.

Ce que vous voyez au potager en ce moment
Les symptômes se ressemblent d’un jardin à l’autre. Les laitues d’hiver gardent la même taille de semaine en semaine. La mâche forme ses rosettes puis s’arrête, même quand la terre reste meuble et humide. Les épinards semés trop tard lèvent mal, ou lèvent et restent au stade de deux ou trois feuilles. Les derniers semis d’octobre donnent l’impression d’avoir raté, alors qu’ils ont simplement démarré après la fermeture de la fenêtre lumineuse.
Sur deux planches de mâche, l’une semée vers le 15 septembre et l’autre vers le 15 octobre, la différence est spectaculaire : la première se récolte dès novembre, la seconde reste en attente tout l’hiver et ne devient utilisable qu’à la fin de l’hiver, quand les jours rallongent. Même terre, même variété, même arrosage. Seule la lumière disponible au moment de la levée a changé.
Le froid joue aussi, bien sûr, mais il agit différemment. Un légume résistant au gel continue de vivre à basse température : il gèle la nuit, il dégèle le jour, il repart. Sans lumière, il ne fabrique rien de nouveau. C’est pour cela qu’un voile ou une serre froide protège des dégâts du gel sans relancer la croissance.
La lumière semaine après semaine à Paris
| Période | Durée du jour à Paris | Ce qui se passe au potager |
|---|---|---|
| Début octobre | 11 h 30 | Tout pousse encore, derniers semis de mâche et de laitue d’hiver |
| Fin octobre | 10 h 00 | Passage sous le seuil, la croissance ralentit nettement |
| Mi-novembre | 9 h 05 | Les salades stagnent, la mâche ne grossit plus |
| Solstice d’hiver | 8 h 15 | Croissance quasi nulle, on récolte ce qui est déjà en place |
| Mi-janvier | 8 h 40 | Toujours en veille, on prépare le plan et les commandes |
| Mi-février | 10 h 05 | Retour au-dessus du seuil, la reprise démarre |
Récolter plutôt que semer
Le geste principal de novembre change de nature : on ne fait plus pousser, on consomme et on conserve ce qui a été installé avant la fin septembre. Les poireaux se récoltent au fur et à mesure des besoins, les choux se coupent quand la pomme est ferme, les carottes et les panais peuvent rester en terre sous un bon paillage. La mâche se cueille rosette par rosette plutôt qu’en coupant toute la planche, ce qui laisse les plus petites profiter du moindre rayon.
Pour savoir ce qui tient vraiment dehors chez vous, la liste des légumes résistants au gel de notre site jumeau donne de bons repères, et la fiche sur la mâche semée en automne détaille la protection hivernale. Le détail des travaux du potager en novembre complète ce carnet côté sol et outils.
Deux réflexes d’été deviennent inutiles, voire gênants. L’arrosage d’abord : une plante qui ne pousse pas boit très peu, et une terre détrempée sous un ciel gris favorise la pourriture du collet des salades. L’apport d’engrais ensuite : sans lumière, les racines ne valorisent pas l’azote, qui part dans les nappes à la première grosse pluie. Mieux vaut garder les apports pour la fin de l’hiver, au moment où la croissance redémarre vraiment.
Gagner un peu de lumière là où c’est possible
On ne rallonge pas la journée, mais on peut récupérer une partie de ce qui arrive au sol. Nettoyer les vitres ou les parois de la serre fait une vraie différence : une plaque couverte de poussière et d’algues vertes peut arrêter une bonne part du peu de lumière disponible. Le même raisonnement vaut pour les châssis et les cloches.
Le choix de l’emplacement compte aussi plus qu’en été. En novembre, le soleil reste bas et le moindre mur, la moindre haie projette une ombre très longue à midi. Une planche qui recevait le plein soleil en juillet peut rester à l’ombre toute la journée en décembre. Repérez dès maintenant le coin le plus dégagé du jardin : c’est là que doivent aller les salades d’hiver et les premiers semis de la fin d’hiver.
Le voile d’hivernage mérite une nuance. Il protège du gel et du vent froid, mais il filtre aussi une partie de la lumière. Posez-le pour passer les épisodes froids et retirez-le ou relevez-le dès que le temps le permet, plutôt que de le laisser en place tout l’hiver par commodité.
Ce qu’on prépare pendant la saison creuse
Cette période de faible lumière est aussi la plus confortable pour préparer la suivante. Les fèves semées en automne font partie des rares cultures qui profitent de ces semaines : elles lèvent lentement, passent l’hiver au ralenti et partent très tôt au printemps, avec plusieurs semaines d’avance sur un semis de mars.
C’est aussi le moment de dessiner le plan du potager, de noter ce qui a marché et ce qui a échoué cette année, et de commander les graines avant les ruptures de février. Les idées de saison rassemblées dans que faire au jardin en novembre aident à ne rien oublier côté verger et ornement.
Enfin, notez la date de reprise dans un coin. Autour de la mi-février sous Paris, un peu plus tôt dans le Midi, la durée du jour repasse au-dessus de dix heures et les semis redeviennent utiles. Avant cette date, semer sous abri sans lumière d’appoint donne surtout des plants étiolés qui filent vers la vitre. Après, tout change très vite.
Les conditions réelles varient beaucoup d’une année à l’autre avec la couverture nuageuse : les prévisions et les bulletins régionaux de Météo-France restent le meilleur complément à ce calendrier de lumière pour décider quoi faire semaine après semaine.