Altise au potager, comment la reconnaître rapidement et surtout comment la gérer en bio avant qu’elle ne décime vos jeunes plants de choux et de radis ?
Altise est le nom courant donné à plusieurs petits coléoptères sauteurs qui s’attaquent surtout aux crucifères, en perforant les feuilles de multiples trous. Très fréquente dans les potagers français, elle peut détruire un semis en quelques jours si rien n’est fait.
- Comprendre l’altise et ses dégâts
- Reconnaître l’altise à coup sûr
- Plantes sensibles et périodes à risque
- Prévenir l’altise en jardinage bio
- Lutter naturellement contre l’altise
- Stratégies par saison et par région
- Erreurs fréquentes
- FAQ sur l’altise
- En résumé
Altise : le petit coléoptère qui fait de gros dégâts au potager
L’altise fait partie de ces ravageurs typiques des potagers en France, surtout dans les jardins secs, en plein soleil, et sur sols nus. Dans un potager conduit en bio, il est parfaitement possible de limiter ses dégâts sans insecticides de synthèse, à condition de comprendre son cycle de vie, de la repérer tôt et de combiner plusieurs leviers de prévention. L’idée n’est pas d’éradiquer l’altise, mais de l’empêcher de se multiplier au point de compromettre vos récoltes, notamment sur les choux, radis, navets, roquette et autres brassicacées.
Comment reconnaître l’altise et ses dégâts
À quoi ressemble l’altise adulte
Les altises sont de très petits coléoptères, souvent à peine 2 à 3 mm de long.
Caractéristiques principales :
– Corps ovale, bombé, de couleur noire, brun foncé, parfois métallisée bleu ou verte selon les espèces.
– Pattes arrière très développées, qui lui permettent de « sauter » comme une puce quand on la dérange.
– Se déplace très vite et se laisse souvent tomber au sol si on approche la main.
Pour une description encore plus visuelle et des photos, vous pouvez consulter cet article complémentaire sur l’altise et la protection du jardin bio.
Les symptômes typiques sur les feuilles
Ce sont surtout les dégâts qui trahissent la présence d’altises :
– Multiples petits trous ronds ou irréguliers, de 1 à 2 mm de diamètre.
– Aspect de « feuille criblée de balles » ou de dentelle grossière.
– Feuilles parfois légèrement jaunies ou desséchées, surtout par temps sec.
– Atteinte surtout des jeunes feuilles tendres et des cotylédons.
Sur un semis de radis ou de navets, les altises peuvent perforer presque toute la surface foliaire en quelques jours, ce qui ralentit fortement la croissance et peut faire échouer le semis.
Différencier l’altise d’autres ravageurs
Plusieurs ravageurs peuvent faire des trous dans les feuilles, mais quelques indices permettent de distinguer l’altise :
– Limaces et escargots : trous plus grands, bords irréguliers, traces de bave, dégâts surtout la nuit ou par temps humide.
– Chenilles : trous plus larges, parfois gros crottins verts ou noirs visibles sur les feuilles.
– Pucerons : pas de trous, mais feuilles déformées et collantes.
Avec l’altise, les trous sont nombreux, petits, nets, et les insectes s’enfuient en sautant dès qu’on bouge la feuille.
Plantes sensibles et périodes à risque
Les légumes les plus attaqués par l’altise
L’altise apprécie particulièrement les plantes de la famille des Brassicacées :
– Choux de toutes sortes : chou de Milan, chou cabus, brocoli, chou-fleur, chou chinois, pak choï…
– Radis, radis noirs, radis roses.
– Navets, rutabagas.
– Roquette, moutarde, cresson de terre.
Si vous cultivez par exemple différentes variétés de choux, comme un chou de Milan ou du chou chinois pak choï, surveillez particulièrement les jeunes plants.
D’autres plantes peuvent être attaquées plus ponctuellement :
– Betteraves jeunes, épinards, parfois carottes.
– Certaines adventices de la famille des crucifères, comme la moutarde sauvage.
Stades les plus vulnérables
Les altises préfèrent les tissus tendres :
– Semis tout juste levés, au stade cotylédons.
– Jeunes plants repiqués récemment, pas encore bien enracinés.
Une fois que les plantes ont 5 à 6 feuilles bien développées, elles tolèrent mieux les attaques, sauf en cas d’infestation massive.
Périodes critiques selon les régions
En France, l’activité des altises dépend fortement du climat local.
– Climat océanique (Ouest, Bretagne, façade atlantique) :
– Premières attaques souvent en avril si le printemps est doux et sec.
– Pics possibles en mai et début juin, surtout lors de périodes de temps sec et ensoleillé.
– Climat continental et semi-continental (Est, Centre, Bourgogne, Alsace, Lorraine) :
– Fortes attaques possibles de fin avril à fin juin.
– Reprise parfois en fin d’été, fin août et septembre, sur les semis d’automne (navets, radis noirs, choux d’hiver).
– Climat méditerranéen :
– Altises très présentes au printemps, mais aussi en automne quand il fait à nouveau doux et sec.
– Été très chaud pouvant ralentir un peu leur activité, mais les jeunes semis de fin d’été restent à surveiller.
– Climat de montagne :
– Période d’activité plus courte, souvent de mai à juillet.
Globalement, les altises aiment la chaleur et la sécheresse. Les années de canicule où il faut protéger son potager contre la chaleur et contre la sécheresse sont aussi souvent des années à fortes attaques d’altises.
Prévenir l’altise en jardinage bio
La prévention est la clé avec l’altise. Une fois que l’infestation est massive, il est plus difficile de rattraper la situation en bio.
1. Couvrir les cultures sensibles avec des voiles anti-insectes
C’est la méthode la plus efficace et la plus propre.
– Installez un voile anti-insectes ou un filet fin juste après le semis ou le repiquage.
– Fixez-le soigneusement sur les bords pour empêcher les altises de se glisser dessous.
– Veillez à laisser suffisamment de hauteur pour que les plantes puissent se développer.
À retirer :
– Quand les plantes ont atteint un stade plus robuste.
– Ou pour certaines cultures qui nécessitent une pollinisation par les insectes (moins le cas pour les choux et radis, qui ne sont pas récoltés en graines au potager courant).
2. Maintenir le sol frais et couvert
Les altises adorent les sols secs, nus et chauds. L’un des meilleurs moyens de les limiter est de pratiquer un paillage régulier :
– Paille, foin, tontes d’herbe sèches, feuilles mortes.
– BRF ou broyat de rameaux.
Un sol paillé :
– Reste plus frais et plus humide.
– Rend la circulation des altises plus difficile.
– Favorise les auxiliaires et la vie du sol, qui contribuent à l’équilibre global.
Pour aller plus loin sur cette approche, vous pouvez vous inspirer des conseils pour protéger le sol de son potager en été, très utiles aussi contre l’altise.
3. Gérer l’arrosage intelligemment
L’altise est beaucoup moins active en conditions humides.
– Arrosez régulièrement en période de sécheresse, surtout autour des jeunes semis.
– Un arrosage le soir peut limiter l’activité des altises le lendemain matin.
– Évitez toutefois de détremper le sol, ce qui favoriserait d’autres maladies.
Si vous disposez d’un système d’arrosage goutte-à-goutte, réglez-le pour maintenir une humidité légère et régulière, sans excès.
4. Diversifier les cultures et les associations
Les monocultures de choux ou de radis attirent fortement les altises. Pour les déstabiliser :
– Alternez les rangs de crucifères avec d’autres familles de légumes (légumes feuilles, racines, légumineuses).
– Associez des plantes aromatiques qui perturbent les repères olfactifs des ravageurs : thym, romarin, sauge, lavande, etc.
– Introduisez des engrais verts et plantes compagnes comme le mélilot en engrais vert ou la phacélie.
5. Choisir le bon moment pour semer
Adapter les dates de semis peut réduire la pression d’altise :
– Semer plus tôt au printemps, juste après les dernières gelées, avant les gros pics d’altises, si le sol est suffisamment réchauffé.
– Ou au contraire, semer un peu plus tard, quand les premières générations d’altises ont déjà diminué.
Pour les semis d’automne (navets, radis noirs, choux d’hiver) :
– Évitez les périodes très sèches de fin d’été.
– Attendez un épisode pluvieux ou arrosez abondamment avant le semis pour humidifier le sol.
6. Favoriser les auxiliaires et la biodiversité
Même si les altises ont peu de prédateurs spécialisés, un jardin riche en biodiversité est toujours plus résilient :
– Haies variées, bandes fleuries, zones enherbées.
– Nichoirs, tas de bois, murets de pierres.
La démarche globale de protection de la biodiversité au jardin aide à équilibrer les populations de ravageurs sur le long terme.
Lutter naturellement contre l’altise quand elle est déjà là
Quand les altises sont déjà présentes, il faut agir vite, mais toujours avec des méthodes compatibles avec un jardinage bio et respectueux des équilibres.
1. Méthodes mécaniques et physiques
Ces techniques sont simples, mais demandent un peu de présence au jardin.
– Secouer les plantes le matin frais :
– Placez un carton ou une bâche claire sous les rangs attaqués.
– Secouez doucement les plants, les altises sautent et tombent.
– Ramassez-les ou écrasez-les sur le carton.
– Pièges collants jaunes :
– À placer à proximité des cultures sensibles.
– Attirent certains insectes, dont une partie des altises.
– Efficacité moyenne, mais peut aider en complément.
– Biner et griffer le sol :
– En début de saison, un binage léger peut déranger les larves dans le sol.
– À faire avec modération pour ne pas abîmer les racines des jeunes plants.
2. Poudrages et barrières naturelles
Certains matériaux naturels gênent le déplacement et l’alimentation des altises.
– Poudre de roche, kaolin, terre de diatomée non calcinée :
– À saupoudrer légèrement sur le feuillage sec.
– Crée une pellicule désagréable pour les altises.
– À renouveler après la pluie ou un arrosage fort.
– Cendre de bois tamisée :
– À utiliser avec parcimonie, car elle modifie le pH du sol.
– Saupoudrer autour des plants sur sol humide, jamais en excès.
3. Plantes répulsives et extraits végétaux
Dans une logique de jardinage bio, on privilégie les préparations à base de plantes.
– Purin de prêle ou de consoude (non spécifique à l’altise, mais fortifiant) :
– Renforce la résistance générale des plantes.
– Peut être utilisé en alternance avec d’autres traitements.
– Pour la consoude, vous pouvez suivre la recette de purin de consoude.
– Macération d’ail ou d’armoise :
– L’ail est un bon répulsif général, tout comme certaines plantes aromatiques.
– L’armoise peut aussi être utilisée en décoction ou macération.
– Plantes pièges :
– Semer une bande de radis ou de moutarde un peu à l’écart du potager principal.
– Les altises se concentrent dessus, ce qui permet de les surveiller et de traiter localement.
4. Savon noir et autres produits autorisés en bio
Le savon noir est surtout efficace contre les pucerons et certains insectes à cuticule tendre, mais il peut avoir un léger effet contre les altises en gênant leur mobilité.
– Dilution classique : 5 % de savon noir liquide dans l’eau.
– Pulvériser en fin de journée sur les feuilles, dessus et dessous.
– À utiliser avec discernement, car il peut aussi gêner certains auxiliaires.
Pour bien l’employer au potager, vous pouvez consulter l’article sur le savon noir au potager.
5. Insecticides biologiques : prudence
Certains produits à base de pyrèthre naturel sont autorisés en agriculture biologique, mais ils restent des insecticides non sélectifs.
– Ils tuent aussi de nombreux insectes auxiliaires.
– Leur utilisation doit rester exceptionnelle, en dernier recours.
– Respectez scrupuleusement les doses, les délais de traitement et les conditions d’emploi.
Dans un jardin familial, il est généralement préférable de miser sur la prévention, les protections physiques et la diversification plutôt que sur ces produits.
Adapter sa stratégie contre l’altise selon la saison et la région
Au printemps
C’est souvent la période la plus délicate.
– Avant les semis :
– Préparez le sol en amont, apport de compost mûr, paillage léger.
– Si vous partez en vacances, anticipez en suivant les conseils pour préparer son potager avant un départ afin de ne pas laisser les jeunes semis sans surveillance.
– Pendant les semis de radis, navets, choux :
– Posez immédiatement un voile anti-insectes.
– Arrosez régulièrement pour maintenir une bonne humidité.
– En climat méditerranéen :
– Soyez particulièrement vigilant dès les premières chaleurs.
– Privilégiez des semis très tôt le matin ou en fin de journée pour limiter le stress.
En été
– Dans les régions chaudes et sèches :
– Paillage épais indispensable.
– Ombrage léger possible sur les semis sensibles, en s’inspirant des techniques pour protéger son potager du soleil direct.
– Semis d’été pour récoltes d’automne :
– Surveillez particulièrement les radis noirs, navets, choux d’hiver.
– Utilisez systématiquement des voiles ou filets anti-insectes.
En automne
– Les altises restent actives tant que les températures sont douces et le temps sec.
– Sur les jeunes choux plantés pour l’hiver, vérifiez régulièrement le dessous des feuilles.
– L’humidité et les pluies automnales finissent généralement par réduire fortement leur activité.
En hiver
– L’activité des altises est très faible voire nulle.
– Profitez-en pour :
– Planifier vos rotations de cultures.
– Préparer des zones de biodiversité, des haies, des bandes fleuries.
– Réfléchir à la disposition du potager pour l’année suivante.
Erreurs fréquentes avec l’altise
Voici les pièges dans lesquels tombent souvent les jardiniers, même expérimentés.
– Laisser le sol nu autour des choux et radis :
– Le sol sec et chaud est un véritable appel pour les altises.
– Un paillage même léger réduit déjà beaucoup le risque.
– Sous-estimer la vitesse des dégâts :
– Penser « je verrai ça ce week-end » peut suffire pour perdre un semis entier.
– En période à risque, une surveillance tous les 2 à 3 jours est préférable.
– Ne protéger qu’une partie des cultures sensibles :
– Mettre un voile sur certains rangs seulement peut concentrer les altises sur les rangs non protégés.
– Mieux vaut protéger l’ensemble de la parcelle de crucifères.
– Arroser trop peu en période sèche :
– Le stress hydrique fragilise les plantes et rend les attaques plus graves.
– Adapter l’arrosage, voire installer un goutte-à-goutte, est un vrai plus.
– Compter uniquement sur un traitement miracle :
– Aucune préparation naturelle ne suffit seule à régler un gros problème d’altise.
– C’est la combinaison prévention + protection physique + bonnes pratiques culturales qui fonctionne.
FAQ sur l’altise au potager bio
Les altises sont-elles dangereuses pour l’être humain ?
Non, les altises ne piquent pas et ne transmettent pas de maladie à l’être humain. Leur nuisance est uniquement liée aux dégâts qu’elles provoquent sur les plantes.
Peut-on encore consommer des légumes attaqués par l’altise ?
Oui, si les dégâts sont limités. Les trous dans les feuilles ne posent pas de problème sanitaire. En revanche, des attaques très fortes peuvent affaiblir la plante et réduire la qualité des récoltes. Coupez simplement les parties trop abîmées.
Combien de temps dure une attaque d’altise ?
Cela dépend des conditions météo. Par temps chaud et sec, les altises peuvent rester très actives pendant plusieurs semaines. Des pluies régulières, un arrosage bien géré et des protections physiques peuvent rapidement réduire l’intensité des dégâts.
Faut-il bêcher profondément pour détruire les larves d’altises ?
Non, ce n’est pas recommandé en jardinage bio. Le bêchage profond perturbe fortement la vie du sol. Un léger binage ou griffage en surface peut suffire à déranger une partie des larves, mais l’essentiel du travail doit se faire par la rotation des cultures, le paillage et la prévention.
Les altises peuvent-elles attaquer les fleurs ou les arbustes ?
Elles s’attaquent principalement aux légumes feuilles et racines de la famille des brassicacées. Certaines plantes ornementales proches des crucifères peuvent être touchées, mais cela reste plus rare. Pour les fleurs, d’autres ravageurs sont généralement plus problématiques, comme le montre l’exemple des erreurs à éviter avec le dahlia ou le glaïeul.
En resume: Altise
– L’altise est un petit coléoptère sauteur qui crible de trous les feuilles des choux, radis, navets et roquette.
– Elle est favorisée par les sols nus, secs et chauds, et les jeunes plants sont les plus vulnérables.
– La prévention repose sur les voiles anti-insectes, le paillage, un arrosage régulier et la diversification des cultures.
– En cas d’attaque, combinez méthodes mécaniques, poudrages légers et extraits végétaux plutôt que d’insecticides non sélectifs.
– Adapter vos dates de semis et vos pratiques selon la saison et votre région est essentiel pour garder l’altise sous contrôle.
Ces conseils s’appuient sur les pratiques éprouvées de jardiniers bio en France et sur une approche respectueuse des équilibres naturels du potager.
Pour aller plus loin et consolider vos connaissances, vous pouvez aussi consulter :
– Un dossier détaillé sur l’altise au jardin bio.
– Des articles pratiques pour protéger son potager contre la chaleur et protéger le sol en été, très utiles aussi contre l’altise.
– Des fiches techniques sur des plantes ressources comme la consoude au potager ou la prêle pour soigner les plantes.
Pour des informations complémentaires officielles sur les ravageurs des cultures et la protection intégrée, vous pouvez consulter :
– Le site de l’INRAE sur la protection agroécologique des cultures : www.inrae.fr
– Les fiches conseils du ministère de l’Agriculture sur la protection des végétaux : agriculture.gouv.fr
Enfin, pour enrichir votre approche globale du jardin bio, jetez un œil à ces ressources complémentaires :
– Un panorama d’articles pratiques sur Jardinerbio.com.
– Un guide complet sur le paillage au jardin, très utile contre l’altise.
– Un article détaillé sur l’ortie, l’alliée du jardinier, et sa transformation en purin.
N’hésitez pas à adapter progressivement ces conseils à votre propre potager et à observer comment l’altise réagit chez vous d’une année sur l’autre, c’est la meilleure façon de trouver l’équilibre qui vous convient.