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Marcottage : multiplier ses arbustes sans rien acheter

2026-10-22 par Jardinerbio • Temps de lecture 10 min

Le marcottage, comment obtenir de nouveaux arbustes sans rien acheter ni rien semer ? Le marcottage consiste à faire produire des racines à une branche qui reste attachée à la plante mère, puis à séparer la jeune plante une fois qu’elle tient debout toute seule. C’est la méthode de multiplication la plus sûre du jardin, et l’automne est le moment idéal pour la lancer sur les arbustes à petits fruits.

Contrairement à une bouture, la branche marcottée ne risque pas de se dessécher : elle continue d’être nourrie par le pied d’origine pendant toute la durée de l’enracinement. Résultat, le taux de réussite dépasse souvent 80 pour cent sur les groseilliers, les cassissiers ou les noisetiers, là où le bouturage classique donne des résultats bien plus irréguliers.

Pourquoi le marcottage réussit mieux que le bouturage

Une bouture est un fragment coupé, privé de racines et de réserves. Elle doit émettre des racines avant d’épuiser le peu d’eau et de sucres qu’elle contient, et c’est cette course contre la montre qui fait échouer tant de tentatives.

La marcotte, elle, ne coupe jamais le cordon. La branche reste alimentée en eau et en sève par la plante mère pendant des mois. Elle peut donc prendre tout son temps pour former un système racinaire solide, sans stress et sans arrosage quotidien de votre part.

Deuxième avantage, souvent sous-estimé : la jeune plante obtenue est génétiquement identique au pied d’origine. Si votre vieux groseillier produit de grosses grappes sucrées et ne tombe jamais malade, ses marcottes auront exactement les mêmes qualités. Un semis, lui, donnerait des plants au hasard, souvent décevants.

Enfin, c’est gratuit et parfaitement adapté à un jardin conduit en bio : pas d’hormone de bouturage, pas de serre chauffée, pas de terreau du commerce. Juste une branche, un peu de terre et de la patience. Si vous préférez malgré tout la méthode classique, notre guide pour bouturer les arbustes en automne reste une bonne porte d’entrée, et les deux techniques se complètent très bien sur un même pied.

Quels arbustes du jardin se marcottent facilement

Les petits fruits, les candidats les plus faciles

Les arbustes à petits fruits forment des branches souples qui partent du sol, ce qui est exactement ce qu’il faut pour un couchage. Le groseillier à grappes, le groseillier à maquereau et le cassissier racinent presque à tous les coups. Le casseille, croisement entre cassis et groseille à maquereau, se comporte de la même façon.

Le framboisier n’a même pas besoin d’aide : il drageonne tout seul et produit chaque année des rejets que l’on prélève avec une bêche. Si vous avez un rang un peu fatigué, c’est le bon moment pour y jeter un oeil, en complément de la taille du framboisier.

Le noisetier et le cornouiller se marcottent aussi très bien, tout comme la vigne, dont une simple branche couchée sous quelques centimètres de terre repart presque toujours. Nos voisins de jardin365 détaillent par ailleurs la conduite complète du groseillier, de la plantation à la récolte, utile si vous partez de zéro.

Les arbustes d’ornement et les aromatiques

Le laurier-tin, le forsythia, le weigela, la glycine et le chèvrefeuille se prêtent très bien au couchage. Du côté des aromatiques, le romarin, la sauge et le thym produisent spontanément des racines là où leurs tiges touchent le sol : il suffit souvent de poser une pierre plate dessus et d’attendre.

Si vous multipliez pour garnir une bordure ou une limite de terrain, pensez à regrouper vos marcottes au même endroit : c’est de cette façon que se construit progressivement une haie champêtre nourricière sans budget, une logique que jardin365 explore aussi à travers le cassissier en haie nourricière.

Le marcottage par couchage, étape par étape

Choisir la bonne branche

Repérez une tige de l’année ou de l’année précédente, souple, saine, située en périphérie du buisson et suffisamment longue pour atteindre le sol sans casser. Évitez le bois très vieux, gris et cassant : il racine mal. Une branche de la grosseur d’un crayon est parfaite.

Préparer le point de contact

À l’endroit où la branche touchera la terre, creusez une cuvette d’une dizaine de centimètres de profondeur. Ameublissez le fond à la fourche et mélangez un peu de compost mûr à la terre retirée. Un sol léger et frais favorise nettement la sortie des racines.

Sur la partie de la branche qui sera enterrée, retirez les feuilles sur une quinzaine de centimètres. Beaucoup de jardiniers pratiquent aussi une légère entaille sous la tige, sur deux ou trois centimètres, en grattant l’écorce avec la lame d’un couteau propre. Cette blessure superficielle bloque la descente de la sève élaborée et concentre les réserves à cet endroit, ce qui déclenche la formation des racines.

Coucher, fixer et recouvrir

Placez la portion entaillée au fond de la cuvette, puis maintenez-la fermement avec un crochet. Un morceau de fil de fer plié en U, une grosse pierre ou une fourche de bois font parfaitement l’affaire. Le maintien est le point critique : une marcotte qui remonte ne racinera jamais.

Recouvrez de terre enrichie, tassez modérément et arrosez pour mettre la terre au contact de la tige. L’extrémité de la branche doit rester hors de terre, dressée vers le ciel. Attachez-la éventuellement à un petit tuteur pour qu’elle reste verticale.

Pailler puis oublier

Terminez par une couche de matière végétale de cinq à sept centimètres : feuilles mortes, tonte séchée, broyat fin. Ce paillage garde l’humidité, limite les écarts de température et empêche la zone de se compacter sous la pluie d’hiver.

Ensuite, le travail consiste surtout à ne rien faire. Un arrosage pendant les périodes sèches suffit.

Le marcottage en butte pour rajeunir une vieille souche

Quand un groseillier ou un cassissier a dix ans et que ses branches partent trop haut pour être couchées, il reste une solution élégante : le marcottage en butte. Le principe consiste à rabattre sévèrement la souche, puis à butter les nouvelles pousses pour qu’elles racinent à leur base.

En pratique, on coupe l’arbuste à une dizaine de centimètres du sol en fin d’hiver. Au printemps, la souche émet une touffe de jeunes rejets vigoureux. Quand ils atteignent une vingtaine de centimètres, on ramène de la terre fine mélangée à du compost entre eux, jusqu’à les enterrer à moitié. On recommence une ou deux fois dans la saison, en remontant la butte au fur et à mesure.

Chaque rejet enterré forme ses propres racines à la base. L’automne suivant, on écarte la butte et on détache les pousses racinées une par une, avec un sécateur bien aiguisé. Un seul vieux pied peut ainsi donner cinq à dix plants, et la souche d’origine repart rajeunie.

Le marcottage aérien quand aucune branche ne descend

Certains arbustes ont un port dressé et rigide : figuier, magnolia, camélia ancien, citronnier en pot. Impossible de coucher une branche au sol sans la briser. On fabrique alors les racines en hauteur, directement sur la tige.

Choisissez une branche de l’année précédente, de la grosseur d’un doigt. Retirez l’écorce sur un anneau de deux centimètres de large, en veillant à faire le tour complet. Entourez cette zone d’une bonne poignée de mousse ou de terreau humide, serrez l’ensemble dans un film plastique bien fermé en haut et en bas avec du raphia ou un lien souple.

Le substrat doit rester humide mais jamais détrempé. Au bout de deux à quatre mois selon l’espèce, des racines blanches apparaissent à travers le plastique. On coupe alors la branche juste sous la motte et on la plante en pot, à l’abri du vent, le temps qu’elle se renforce.

Le marcottage aérien se pratique plutôt en fin de printemps, quand la sève circule bien. C’est donc le moment de le noter pour la saison prochaine, pendant que le reste du jardin dort.

Séparer et replanter la jeune plante

Séparer la marcotte, c’est couper le lien avec la plante mère. L’opération ne se fait que lorsque les racines sont assez développées pour nourrir seules la jeune tige. Sur les petits fruits marcottés en automne, comptez environ une année complète : une marcotte posée en octobre se détache en général à l’automne suivant.

Le signal le plus fiable n’est pas la date mais la pousse. Si la tige dressée a produit de nouvelles feuilles vigoureuses au printemps et en été, c’est que des racines l’alimentent déjà. Dégagez prudemment la terre autour du point d’enracinement pour confirmer, puis remettez le paillage en place.

Pour séparer, coupez franchement la branche entre la plante mère et le point raciné, avec un sécateur désinfecté. Laissez la jeune plante en place deux ou trois semaines supplémentaires : elle s’habitue à vivre sur ses propres racines sans subir en plus le choc de la transplantation.

Déterrez ensuite avec une fourche-bêche, en conservant le maximum de terre autour des racines. Replantez immédiatement à l’emplacement définitif, à la même profondeur qu’avant, arrosez copieusement et paillez. L’automne et la fin de l’hiver sont les deux bonnes fenêtres pour cette replantation, quand le sol n’est ni gelé ni détrempé. Les prévisions de Météo-France aident à repérer une période douce et sans gel annoncé.

Si le jeune plant a produit beaucoup de tiges, rabattez-les de moitié à la plantation. Cela rééquilibre la partie aérienne et les racines, et la reprise est nettement plus rapide. La logique est la même que pour une plantation classique d’arbuste, bien décrite par jardin365 dans son article sur la manière de planter des arbustes en automne.

Erreurs fréquentes

Choisir une branche trop âgée. Le bois de plus de deux ans, dur et grisâtre, racine très difficilement. Privilégiez toujours les tiges souples de l’année ou de l’année précédente.

Mal fixer la marcotte. C’est la cause d’échec numéro un. Une branche qui se redresse au premier coup de vent perd le contact avec la terre et ne forme aucune racine. Vérifiez le crochet après les grosses pluies.

Entailler trop profondément. L’entaille doit rester superficielle, au niveau de l’écorce. Si vous coupez dans le bois, la branche casse ou meurt avant d’avoir raciné.

Laisser le sol se dessécher. Les racines se forment dans une terre fraîche. Un paillage et un arrosage occasionnel pendant les semaines sèches suffisent, mais une terre qui durcit bloque tout le processus.

Séparer trop tôt. Une marcotte détachée au bout de trois mois a rarement assez de racines pour survivre à l’été. La patience coûte moins cher qu’un plant perdu.

Questions fréquentes

Peut-on marcotter en plein hiver ?

Oui, tant que le sol n’est pas gelé et qu’il n’est pas transformé en boue. Le couchage se pratique très bien de l’automne à la fin de l’hiver sur les arbustes à feuilles caduques. En période de froid marqué, il vaut mieux attendre quelques jours de redoux.

Combien de marcottes peut-on faire sur un même arbuste ?

Sur un buisson bien développé, trois à cinq couchages simultanés ne le fatiguent pas. Au delà, la plante mère disperse ses réserves et la récolte de l’année suivante peut baisser.

Faut-il une hormone de bouturage ?

Non. L’intérêt du marcottage est justement de se passer de tout produit : la branche reste nourrie par la plante mère, ce qui remplace avantageusement n’importe quel stimulant racinaire.

Le marcottage fonctionne-t-il sur les arbres fruitiers ?

Rarement sur un pommier ou un poirier de plein vent, dont le port ne s’y prête pas et dont les variétés sont presque toujours greffées. En revanche, le figuier, le cognassier et le noisetier se marcottent très bien. Pour les fruitiers greffés, la plantation de jeunes sujets reste la voie la plus simple.

Peut-on marcotter une plante en pot ?

Oui, en posant un second pot rempli de terreau à côté du premier et en couchant une branche dedans. C’est une solution pratique sur un balcon, notamment pour les aromatiques ligneuses comme le romarin ou la sauge. Les règles officielles sur la circulation des végétaux entre jardiniers sont consultables sur le site du ministère de l’Agriculture.

En résumé : le marcottage

  • Le marcottage fait raciner une branche encore reliée à la plante mère, ce qui rend la réussite beaucoup plus fiable qu’avec une bouture.
  • Le couchage convient aux arbustes souples comme le groseillier, le cassissier ou le noisetier, et se pratique de l’automne à la fin de l’hiver.
  • Le marcottage en butte permet de rajeunir une vieille souche et d’obtenir plusieurs plants d’un seul pied.
  • Le marcottage aérien dépanne sur les arbustes au port dressé, plutôt en fin de printemps.
  • On sépare la jeune plante environ un an après la pose, quand la pousse de l’année montre que les racines fonctionnent.

Cette méthode est utilisée depuis des siècles dans les vergers et les pépinières, et elle garde tout son intérêt dans un jardin conduit sans produits de synthèse : elle ne coûte rien, ne demande aucun équipement et respecte le rythme de la plante. Nos contenus s’appuient sur les pratiques de terrain éprouvées et sur les références officielles en matière de santé des végétaux.

Prenez le temps de repérer deux ou trois branches basses sur vos arbustes préférés cet automne : dans un an, vous aurez de quoi garnir une bordure entière sans dépenser un euro.